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La somme des expériences de ces hommes et femmes ayant, un temps de leur vie, servi les armes de leur pays se retrouve dans les articles et dossiers de ce site.

Totalement indépendant des organisations institutionnelles, missionreconversion.fr ne revendique aucune appartenance politique ou syndicale et ses contributeurs, issus de toutes les strates de la société militaire, peuvent transmettre dossiers, articles, expériences et points de vue.

Les pages de ce site sont également ouvertes à tous les organismes visant à faciliter la reconversion d’anciens militaires.

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Sur les pas de Christophe, ancien FUMACO, rétrospective et perspectives

Sur les pas de Christophe, ancien FUMACO, rétrospective et perspectives

Bachelier à 18 ans, passionné par les métiers combinant le sport, l’aventure, l’action et le dépassement de soi. Tout naturellement, je me suis orienté vers les armées, un univers totalement inconnu pour moi à l’époque.

Il me fallait cependant un métier qui corresponde à mes capacités scolaires et physiques et surtout qui constitue un beau défi : les Commandos Marines pouvaient être un sacré challenge personnel et une belle école de la vie.

1. Quand et comment avez-vous envisagé de quitter le service actif ?

Engagé dans la Marine et plus particulièrement au sein des fusiliers Marins Commandos à l’âge de 18 ans, je ne pouvais imaginer à l’époque combien de temps je resterais dans l’institution militaire.

Une chose était certaine : je voyais les anciens, les « vieux » comme nous disions à l’époque. Certains étaient des exemples voire des références tant en matière de comportement mais aussi sur le plan physique. Mais d’autres, et ils représentaient la majorité n’étaient plus en adéquation avec un système qui évoluait très vite, du personnel qui se devait de rester jeune et performant. Ces derniers étaient devenus aigris et n’aspiraient qu’à quitter l’Institution. Mais la plupart restaient (par peur du monde civil, peur de perdre cette reconnaissance d’identité très forte dans les armées, par manque de courage...) et s’enterraient dans un univers qui ne leur correspondait plus vraiment.

Voilà une "image" de ce que je ne voulais pas devenir un jour ou laisser paraitre un plus tard auprès des plus jeunes.

2. Quelles ont été les étapes principales de cette transition ? (de l’idée au départ effectif)

Une fois que le sentiment "qu’il est temps de partir " s’est réellement installé, il est difficile de revenir en arrière. Les jambes se font de plus en plus lourdes à l’idée d’aller travailler et on finit par aller bosser à reculons.

Cela n’est positif pour personne surtout que j’étais dans une école de formation où les jeunes doivent voir dans les yeux de leurs gradés "la petite étincelle de la foi en son travail" et non pas le poids des années qui usent et font souvent des cadres des personnes désabusées et peu enthousiastes. Donc c’était clair, il fallait partir... Mais pour quoi faire ? Grande question...

Avec une spécialité de Commando Marine et des compétences pas toujours transposables dans le monde civil et surtout un marché du travail sur le déclin, difficile de s’orienter.

Donc première décision, choisir un secteur d’activité compatible avec mes aspirations et mes envies personnelles :

  • faire le choix entre apprendre quelque chose de nouveau, partir sur des métiers totalement
  • ou alors exploiter et m’appuyer complètement sur des compétences et des savoirs maitrisés qui pouvaient être transposés immédiatement au monde civil.

Percevoir le bon moment, réfléchir sur le comment

En fait le plus difficile était de savoir par où commencer. C’est à ce moment là qu’interviennent les organismes de reconversion. Malgré les nombreuses critiques dont ils font l’objet (c’est ce que me disaient beaucoup de collègues qui avaient quittés) m’apparaissent cependant comme un allié de choix à condition d’avoir affaire à un consultant investi, sérieux, réactif et maitrisant son travail.

Ce fut mon cas. Avec son aide et quelques réunions annexes avec d’autres personnes intervenants au sein de Marine Mobilité, nous avons civilisé mes compétences acquises. J’ai alors découvert que je pouvais déjà ajouter à mon CV quelques lignes bien plus explicites que mes certifications de tireur d’élite ou de parachutiste... Voilà donc comment se construit doucement la transition vers un nouvel univers.

Malgré tout, même civilisées, mes compétences ne me permettaient pas d’envisager une nouvelle carrière dans la pâtisserie, les métiers du bâtiment ou d’autres secteurs d’activité qui auraient pu éventuellement m’intéresser . Sans compter qu’il ne fallait pas que je mette le frein trop vite sur une vie professionnelle palpitante , rythmée reposant sur l’activité physique et le goût de l’aventure. Je pris ainsi la décision de continuer à faire ce que je savais faire et ce pourquoi j’avais été formé.Transposé au monde civil, cela m’orientait donc vers les métiers de la sécurité.

Quand transposition rime avec adaptation

Vaste domaine qui regroupe tout et son contraire, le meilleur comme le pire : des postes très bien payés à des jobs minables. Ce n’était pas gagné d’avance mais avec le recul je réalise que partir dans cette voie-là me permettais au moins et ce n’est pas négligeable, de m’appuyer sur un réseau "d’anciens" qui étaient déjà dans la partie depuis un certain nombres d’années.

Au moment où j’ai senti que j’avais fait le tour de ma spécialité et que je m’ approchais doucement de ce portrait (après 20 ans de service environ) est alors venue l’heure de décider de changer de cap.

Je reconnais cependant que ce ne fut pas facile. Quitter l’ environnement militaire qui vous guide et vous "drive" dans tous les sens du terme (administrativement, médicalement, socialement, professionnellement...) depuis votre premier jour d’engagement peut effectivement faire peur. Mais bon il fallait y aller. Après 23 ans des service et 41 ans au compteur, il était grand temps.

3. Quels sont, à votre avis, les qualités et les atouts qui vont on permis de réussir cette transition ?

Encore assez jeune pour se faire une place ailleurs , de la motivation, de l’expérience et la tête sur les épaules.... il fallait prendre ce risque. Un nouveau départ, de nouvelles ambitions et un nouvel univers où j’allais me remettre en question. Fini les grades, l’ancienneté... On recommence à zéro !

Car après tout, nous réalisons tous maintenant qu’en plus de notre sérieux et de notre professionnalisme, c’est aussi ce qu’il convient d’appeler le relationnel, la cooptation et le piston qui font que nous arrivons à travailler aujourd’hui.

Étapes de la professionnalisation dans le milieu civil : la VAE et une formation civile reconnue

Je continuais donc à entretenir des contacts réguliers avec mon conseiller de Marine Mobilité afin d’effectuer une VAE me permettant d’acquérir ainsi un niveau BAC+ 2 , de perfectionner mon CV et surtout de choisir un stage de formation à effectuer au moment de quitter l’institution.

Je choisis une école de formation à la Protection Rapprochée : Groupe 9 Académy. Fin 2010 je m’y rendais 2 mois afin d’obtenir des diplômes inscrits au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) nécessaires pour justifier d’une réelle formation quel que soit votre parcours passé...

A l’issue de ce stage que je qualifierai d’enrichissant, j’étais déclaré RCA le 31 décembre 2010...

Je disposais d’environ un an de salaire de côté devant moi pour me permettre de voir venir et subvenir aux besoins de ma famille.

Anticiper l’effondrement des ressources matérielles, épargner pour avoir le temps de se repositionner sur un nouveau marché de l’emploi

Puisque j’étais parti dans la sécurité il me fallait commencer par le début. La sécurité de base. Agent de sécurité dans l’événementiel. Rien de bien glorifiant et de drôles de rencontres dans un milieu composé essentiellement de mythomanes, de frustrés recalés dans la police, les armées.... de gros bras par toujours diplomate dans un domaine où il faut l’être énormément pour réduire au maximum les tensions entre individus. Cela s’appelle de la médiation et exige plus de tête que de muscle.

Lors d’une représentation sur Brest, un patron d’entreprise de sécurité cherchait des personnes qui présentent bien pour s’occuper de la loge et de l’artiste. Il nous place un collègue et moi même au bon endroit, ce qui nous permettra de faire connaissance avec le garde du corps de cette dernière.

Première expérience intéressante qui démontre une chose : il n’y a pas de petit travail et pour se faire un réseau. Il ne faut rien négliger, bien au contraire, toutes les expériences sont bonnes à prendre et c’est ainsi que l’on construit son carnet de contacts.

J’ai continué ainsi par des petits contrats. Cependant rien de suffisant pour pouvoir espérer en vivre.

En mai 2011 enfin une première mission Protection Rapprochée sur Monaco pour une richissime milliardaire. Salaire conséquent, frime et paillette pendant le festival de Cannes. Je découvre la vraie vie de l’agent de protection au service de ces gens de la Jet Set et de tout ce qui tourne autour. 15 jours dans un univers totalement inconnu, souvent déconcertant parfois écœurant car tellement loin de nos réalités de gens "normaux". Une pseudo protection pour des personnes qui n’en n’ont pas réellement besoin (surtout à Monaco) mais qui s’assurent ainsi une reconnaissance et un statut avec un garde du corps à leur côté.

Cependant, j’avais quitté rapidement le monde de la sécurité de base et j’étais entré dans celui plus gratifiant et "mythique" des gardes du corps. Mais là aussi, la réalité du terrain et les relations avec les clients nous amènent souvent bien loin du mythe. Il faut s’affirmer , se positionner, de manière à ne pas devenir un larbin tout en essayant de ne pas perdre le job. C’est tout le problème que l’on rencontre lorsque l’on parle sécurité avec des gens qui n’ont aucune conscience de ce que cela veut dire. Ca aurait peut-être été plus simple au Liban, en Irak.. où les risques sont bien réels.

J’avançais doucement et multiplier les expériences professionnelles de manière à mettre de nouvelles lignes sur mon CV.

Cumuler les expériences, explorer différentes facettes d’un domaine professionnel, être habile à transformer les difficultés en opportunités

Plusieurs mois passèrent ensuite sans aucun appel et aucune opportunité réelle. Notre compte en banque se vidait et mes nuits devenaient quelques peu agitées. En septembre ils nous restaient de quoi tenir jusqu’à la fin d’année 2011 avant le "dépôt de bilan". Je traversais à ce moment une période plutôt stressante devant cet avenir improbable.

Étant en métropole je ne restais pas resté inactif pour autant. Je renforçais mon réseau, multipliais les rendez-vous, les rencontres susceptibles de m’aider à avancer.

Arrive septembre 2012. Enfin le téléphone commence à fonctionner dans l’autre sens. J’ai des appels... peut-être quelques opportunités à venir. Octobre, le premier vrai appel téléphonique de la société GEOS pour une mission maritime à l’étranger. Je me déplace à Brest pour y rencontrer la responsable RH et l’adjoint du secteur maritime présent lors d’un forum pour l’emploi. Ce jour-même une autre mission tombe et me voilà embarqué pour 3 mois en Guinée. Ça y est ! J’ai un pied dedans.... reste à mettre le deuxième pour confirmer. La mission se passe bien, j’y améliore mon anglais et ne rencontre aucun problème d’intégration. J’en profite aussi pour sécuriser ma position financière qui devenait inquiétante.

Retour de Guinée en février 2012. Nouvelle mission en avril mais cette fois-ci au Nigeria en off-shore pour 6 semaines. Toujours pour la même société mais dans un autre domaine. Me voilà donc lancé. Chaque mission amène de nouveaux contacts qui amènent de nouvelles missions.

A l’occasion d’un stage pour obtenir de nouvelles qualifications dans le domaine maritime, GEOS me propose un poste de formateur suite à un rapport que je leur rend en fin de formation révélant des lacunes dans l’approche pédagogique dans leur stage. Moins de 2 ans après avoir quitté l’armée me voilà Intervenant dans une société de gestion de crise de renommée Européenne.

Compléter ses qualifications pour encore plus de polyvalence

Cela n’est pas pérenne mais ajouté aux missions ponctuelles ma situation redevient nettement plus confortable. J’atteins ainsi un des objectifs que je m’étais fixé en quittant l’armée : ne travailler que de 4 à 6 mois par an et profiter de ma famille le reste du temps.

Fin 2012, Une autre société me contacte, je pars un mois avec elle et met mon nom dans leur base de donnée.....Une garantie supplémentaire de travailler dans l’avenir.

En 2013, l’un de mes contacts me sollicite pour la protection de PDG Français du CAC 40. 4 mois de mission passionnante. De la vrai protection, très intéressant et de très belles rencontres professionnelles...

Début 2014 le téléphone sonne plusieurs fois entre janvier et février. Cette fois-ci, pas de doute, l’année se présente bien ! Mes efforts et le temps passé à consolider mon réseau s’avèrent fructueux et porteurs.

Cependant rien n’est jamais acquis sur un marché qui dispose de nombreux agents et pour lequel la concurrence est rude, sans compter une situation économique difficile. Paradoxalement l’insécurité croissante dans les zones à risques n’amènent à ce jour que peu de réaction de la part des entreprises et donc peu de nouveaux postes.L’expatrié coutant plus cher à employer que le local, le calcul est vite fait pour certains.

4. Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur votre itinéraire ?

Globalement je juge mon parcours plutôt positif à ce jour. Je le dois au choix que j’ai effectué, à la ligne de conduite que je me suis fixée et que j’ai essayé de garder. Mais aussi à une part de chance comme à chaque fois. Il en faut toujours un peu pour réussir. Mais le vrai bilan sera à faire dans une dizaine d’année.

Il m’aura fallu :

  • être patient, savoir refuser certains contrats et attendre de meilleurs propositions.
  • diversifier mon activité ,
  • ne pas m’enfermer dans un domaine particulier.

Cela n’a pas toujours était évident et j’ai souvent été envahi par les doutes et les incertitudes. Il faut croire en soi, s’appuyer sur le passé et espérer que les souvenirs que l’on a laissé à ceux qui ont quitté l’armée avant nous, soient restés positifs dans leurs mémoires. Car encore une fois il existe un réseau. C’est lui qui est susceptible de vous faire travailler. Il est important de pouvoir s’appuyer sur une ou deux personnes qui se rappelleront de vous au bon moment.

Avoir confiance et soi tout en restant humble

Surtout ne pas croire qu’avec un CV et un passé au sein des FS (ou toutes autres unités particulières) toutes les portes s’ouvrent facilement. La concurrence est rude et tous les profils similaires.

Il faut essayer de faire la différence avec des spécificités particulières par forcément acquises dans les armées, avoir d’excellentes capacités relationnelles et humaines, s’ouvrir au monde civil et aux gens. Ce qui est une chose difficile pour de nombreux "anciens" issus de cet univers de champion de monde que sont les unités spéciales.

Un petit mot aussi sur l’aspect familial de la reconversion.

J’ai eu cette chance d’être conforté dans mes orientations par une femme qui m’accorda confiance et soutien dans les moments difficiles et qui m’a toujours suggéré de croire en ce que j’avais semé durant toutes ces années. Elle avait raison. Ces 23 années constituent les fondations de mon activité actuelle.

La reconversion n’impacte pas qu’une seule personne, elle est un changement pour toute une famille. Chacun est concerné par cette période de vie. Les incertitudes, les inquiétudes amènent des questionnements, des peurs, des remises en question, parfois des tensions (financières et autres..) au sein de la famille. C’est réellement un virage et un moment important dans une vie.

Il ne faut pas l’aborder à la légère et garder à l’esprit que rien n’est acquis dans le civil contrairement à l’armée où une fois votre petit trou constitué et votre carrière assurée vous ne risquez plus grande chose quoi qu’il arrive.

Mais personnellement je trouve le challenge de la reconversion dynamisant, intéressant. C’est une réelle remise en question dans un nouvel univers. Vous êtes incognito, comme la plupart des gens. Plus de grade, d’uniforme, de béret pour vous identifier et faire imposer respect, politesse et reconnaissance...

Vous ne pouvez compter que sur vous et accepter d’être considéré comme tout le monde quel que soit votre passé de "Super Héros".

Réussir ensemble, aventure conjugale et familiale

Pour conclure, je crois que se lancer dans une démarche de reconversion n’est pas permis à tout le monde. Les raisons sont multiples (sécurité du travail, envie de conserver une sérénité familial, peur de perdre un statut, cette reconnaissance au travers du grade, incertitude sur la transposition de nos compétences au civil, aucune envie de se remettre en question.......)

Cependant, à ce jour je croise parfois des ex-collègues toujours dans l’institution. Ils ont toujours le même discours qu’il y a 3, 5 ou 10 ans... Ils en ont marre, le système est nul etc.... ils vont quitter l’armée... Cela fait des années qu’ils parlent ainsi. Si l’on est mécontent, il arrive un moment où il faut faire des choix, prendre des décisions et se lancer... ou alors de se taire.C’est ma façon de voir les choses. Mais encore une fois cela est plus facile à dire qu’à faire.

Merci à Christophe pour son très beau témoignage, très riche et complet qui éclaire avec pertinence une grande diversité d’étapes et de sujets.

Sophie AMAN

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