J’ai besoin d’un administrateur de réseaux. Il passera les trois quarts du temps de travail auprès de clients de mon entreprise. Une fois élaborés les prérequis je passe mon annonce sur divers supports RH. Mon intention est de privilégier les compétences de ce futur collaborateur mais il est clair que je me fais aussi une idée relativement précise de la personnalité et du type de parcours de ce futur candidat et également collègue des autres membres de l’équipe selon les critères professionnels et sociaux qui nous fédèrent et ne me sens nullement en infraction lorsque j’imagine le collaborateur idéal selon d’autres critères purement subjectifs susceptibles de heurter certaines consciences .

J’explique : mes clients ont une certaine idée de mon entreprise et ont été gagnés sur la concurrence selon un mode de prospection basé sur trois concepts : le professionnalisme, l’autonomie et le savoir être. Donc, pas question d’embaucher des profils qui ne correspondraient pas au ressenti de ces critères et encore moins à leurs exigences. Or, le ressenti de la première impression est primordial, on ne cesse de l’écrire, le dire et le répéter à tout candidat, cette fameuse première impression serait-elle discriminatoire elle aussi ? pas de chance si vous êtes blanc (ou autre...), allez voir ailleurs, mais si vous ne l’êtes pas, êtes-vous discriminé pour autant ? jusqu’où pousser le bouchon ?

L’annonce est lancée, les CV arrivent, ils sont triés selon les prérequis et ceux qui semblent coller avec mes souhaits seront retenus, les autres éliminés. Parmi les éliminés, il y aura des profils éligibles à la discrimination telle que définie par la loi, et alors ? qui décide ? moi, chef d’entreprise ou le candidat et son avocat ? d’autant plus que les éliminés le seront, non pas selon un processus discriminatoire mais bien par objectivité professionnelle.

Sélection des CV, prises de contact et entretiens.

Une idée prévaut : ne pas se tromper pour moult raisons dont le coût important d’un recrutement raté pour une petite entreprise.

Ai-je le droit, sans être discriminant …

De me faire une idée précise de la tenue et présentation du candidat et de ne pas retenir celui ou celle pour qui le courant ne passerait pas ? de préférer une coupe « propre » aux dreadlocks ? l’empathique au timoré ? le discret compétent au brasseur d’air ? la non voilée à la voilée ? quelle que soit la couleur de la peau, du sexe ou le lieu de résidence, je m’octroie le droit de choisir tout nouveau collaborateur selon mes critères (en partage avec tous les collaborateurs du service) sans avoir à me justifier.

Si vous êtes Blanc, sans problème particulier, habitant un quartier chic (ou pas), valide, diplômé et que vous n’êtes pas retenu pour le poste, moi, chef d’entreprise, je ne risque rien. A contrario, si vous êtes différent ; ne craignons pas de le dire, je risque gros. Alors que le filtre éliminatoire sera le même je risque de devoir m’expliquer devant les tribunaux.

Personne n’a le courage de dire qu’une embauche, c’est un peu comme sur un site de rencontre : je ne plais pas ? je suis éliminé… Et alors ? les humains se rencontrent, construisent et vivent selon des critères empathiques subjectifs et il faudrait que l’entreprise échappe à ces règles ?

JT.


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